Lâcher Prise

Texte écrit à l’occasion d’un concours de nouvelles érotiques via Chuchote-Moi et Gleeden sur le thème « Vacances, infidélité et fantasme »…

 

Vendredi 5 août 2016

Prétextant un week-end entre collègues, j’ai délaissé mari et enfants pour me couper des soucis quotidiens, des responsabilités et difficultés actuelles qui s’accumulent et m’oppressent. C’est la première fois que je lui mens, je n’en suis pas fière mais je ne souhaite pas justifier cette envie, ce besoin.

Dans notre relation libertine, depuis le premier jour nous avions mis l’accent sur le fait que seul le mensonge serait une tromperie et nous diviserait … malgré ce sentiment gênant, je me rassure en me disant que ce n’est rien : je pars avec la simple envie de passer ces 3 jours seule, sans contrainte familiale et sociétale, libre d’être moi-même. Je pars pour oublier la routine, me ressourcer, lâcher prise.

Arrivée au Cap d’Agde, je rejoins notre bungalow. Nous y avons passé de nombreux moments lorsque nous n’étions pas parents. Je souris avec mélancolie en me les remémorant.

Nous devrions y revenir ensemble, seuls.

La journée est douce, je la savoure tranquillement, retournant sur ces lieux communs où je me sens si bien.

A l’une des terrasse de la plage, j’y rencontre un homme qui me laisse sans voix : arrivé par surprise à mes côtés, sa voix grave, son charisme et ses réflexions taquines à propos du paréo que je porte en zone nudiste. Touchée.

Je décèle en lui un dominant qui fait immédiatement palpiter mon bas ventre.

Il repart aussi rapidement et je regrette d’être restée muette.

En me couchant, j’appelle mon mari, nous échangeons des banalités…

Samedi 6 août 2016

J’aperçois l’homme de la veille alors qu’il arpente la plage. Je le regarde à travers mes lunettes de soleil faisant mine de dormir. Me voyant, il s’approche et installe sa serviette pour s’allonger à mes côtés. J’aimerais ne pas sourire mais je n’y résiste pas…

– Vous ne dormez donc pas.

– Le bruit de votre serviette m’a réveillée.

– Vous vous moquez de moi ?

– Sans aucune méchanceté. Un peu comme vous hier.

Nous nous sourions, déclenchant à nouveau des palpitations dans mon bassin.

Nous faisons connaissance : il est libertin, joueur, et aime dominer.

Je suis libertine et poly amoureuse. Je peux baiser une seule fois avec un homme ou une femme à peine rencontré-e mais j’ai également des relations suivies. Autre que celle de mon mariage.

Il s’appelle M. Son initiale est une invitation à mon plus grand fantasme. Et je ne peux m’empêcher de sourire lorsqu’il me le dit.

– Pourquoi souriez-vous ainsi ?

Je secoue la tête. Je ne suis pas prête à dévoiler toutes mes pensées.

– Si vous ne me le dites pas je devrais vous punir.

Je suis surprise. Je me demande s’il a deviné mon envie. Si ce n’est pas le cas, je décide de lui faire savoir.

– M comme Monsieur ? Maître ?

Il sourit, ses yeux pétillent de salacité.

– Vous pourrez m’appeler S. comme votre soumise si vous le souhaitez.

Il me regarde avec une telle intensité, comme s’il me pénétrait déjà. Je suis trempée.

Je cherche à reprendre de la contenance, ou au moins un peu plus d’assurance. Je souris et me retourne exposant le côté face de mon corps au soleil. Et à sa vue.

Son regard parcoure mon corps et il émet un léger râle.

– Ce soir, à 20h, je vous attendrai à l’entrée de la plage. Il me semble qu’il faut vous apprendre à vous comporter en jeune fille obéissante.

– Oui Monsieur, dis-je espiègle.

Avant de sortir, je décide d’envoyer un message à mon mari :

« J’espère que tout va bien à la maison ? Ici grand soleil et sortie ce soir, sûrement pour la nuit ! Je t’aime. A. »

J’hésite. Mentir sur ce voyage était déjà difficile ; cette cachotterie supplémentaire noue mon estomac… la rencontre avec M était inattendue, et, même si ce n’était mon intention en venant, j’ai envie de cette soirée.

« Ce n’était pas mon intention » : cette phrase résonne dans ma tête comme une excuse, pour me déculpabiliser. J’envoie le message.

M. et moi nous retrouvons comme convenu, nous buvons un verre, discutons, puis il me propose un endroit plus calme : mon bungalow ou son bateau ?

Quitte à partir la dérive, je choisis son bateau.

Arrivés sur le pont, il me demande de m’installer tandis qu’il descend en cabine chercher champagne et coupes.

– As-tu déjà été soumise ?

Le tutoiement me surprend.

– Quelques jeux avec mon mari, des amants…

Hochant la tête :

– C’est important que nous fixions des règles pour que tu te sentes en sécurité et en confiance.

Sa voix est douce.

Il me tend une coupe pleine et continue :

– D’abord, choisis un mot d’alerte pour tout arrêter quand tu le décides

Je me sens comme à notre première rencontre : sans voix. Il est si sûr de lui et je me sens idiote.

– Rupture, finis je par dire.

Il acquiesce.

– Dis-moi ce que tu refuses absolument.

Silence. Il continue :

– Pour ma part je refuse le scato, catégoriquement. Je n’ai sûrement pas tout testé mais je pense que rien d’autre ne me gênerait.

J’apprécie sa franchise, je lui réponds :

– Pas de scato non plus. Ni d’urine. Pas de blessures visibles, au plus des hématomes. Pour le moment je préfère ne pas être attachée aux parois ou aux mobiliers.

Il hoche la tête en guise de compréhension.

– Autre chose ? demande-t-il prudent.

– Je ne crois pas…

Il me liste diverses possibilités : des attaches, des moyens de sanction, des jeux sexuels, etc.

Tout me va.

Il décide que pour cette première soirée ensemble, il me proposera ses envies et j’accepterai ou non ; je ne serai donc pas bâillonnée.

– Je préférerais également pouvoir voir ce qu’il se passe, au moins ce soir.

Il approuve et me tends une coupe à nouveau pleine de champagne :

– Tiens. Je sais que tout ça est très cartésien et nous éloigne du plaisir à venir mais c’est nécessaire.

Il est à l’air très sérieux, je souris.

– Mes envies ne sont pas si loin.

Il me regarde avec intensité.

– Les miennes non plus… sais-tu de quoi j’ai envie ?

– De jouer avec moi ?

Il sourit comme si ma réponse était trop simple :

– Quand nous serons en bas, je te mettrai dos à moi, face au mur, je t’attacherai les bras en arrière, nouerai légèrement ta gorge, je contraindrai fermement tes seins magnifiques, puis j’enserrerai ta taille et glisserai une corde le long de ton sexe et entre tes fesses.

Il parle sans empressement. Son discours est précis, chaque mot prononcé reflète l’importance du moment à venir.

– Je te ferai marcher lentement et longtemps dans la cale, la corde coulissera sur ton clitoris et ton anus. Je déciderai du rythme de ton pas. Ta peau goûtera par alternance aux caresses de mes mains, de plumes, de soie, puis aux coups de fouet, de paddle, de claques, de fessées. Il y en aura pour tes pieds, tes fesses, tes bras, ton dos, tes cuisses, ton ventre, tes seins, ton sexe… pour chaque partie de ton corps qui acceptera, aimera que je m’en occupe. Quand tu me réclameras de te prendre, car tu le feras, je retirai la corde de ton sexe trempé. Tu te mettras à genoux, j’attacherai tes pieds ensemble, et peut-être à tes cuisses…

Il fait une pause comme pour décider dès maintenant s’il le fera.

Mes sens sont en éveil, je bois ses paroles et chaque mot est une goutte de plus qui coule entre mes cuisses.

– Je t’installerai sur le bord du lit, tes fesses tendues vers moi. J’alternerai entre y insérer un doigt et faire rosir ta chair, puis 2 doigts, et continuer à marquer ta peau jusqu’à ce que même les caresses deviennent cette douleur jouissive que tu attends. Quand tu en demanderas plus, j’y insérerai un plug pour te garder prête à me recevoir lorsque je l’aurai décidé.

Son regard accompagne ses mots : Il est le Maitre. Je suis libre et déjà sous son emprise.

Sa voix, ses intentions ainsi mises à nues, me font vibrer. Mon corps brûle, remue. Ma main glisse entre mes jambes…

– Ne te touche pas !

Je retire ma main. Il me ressert une coupe de champagne et me la tend.

– Ensuite, je te redresserai face à moi pour que tu me suces. Longtemps. Je laisserai ta bouche m’envahir de plaisir puis je la baiserai. Je continuerai avec tes seins : pris au piège au milieu des cordes, je les embrasserai délicatement, puis les empoignerai, je pincerai, mordrai tes tétons. Et quand j’aurais installé des pinces dessus, je te les lècherai encore. Je t’allongerai confortablement sur le lit. Installé entre tes jambes que je maintiendrai écartées, je prendrai soin de ton sexe. Ton clitoris pour commencer. Avec ma bouche je gouterai ton plaisir, parcourrai chaque lèvre de mes doigts, de ma bouche, je sucerai longuement ton clitoris. Quand tu seras sur le point de jouir j’arrêterai. Et je poursuivrai mes efforts avec un vibro. Jusqu’à ce que tu hurles de plaisir, sans retenu. Ensuite je te prendrai, je te baiserai lentement, laissant en place le vibro et variant son allure. Quand tu n’en pourras plus de jouir ainsi, je te mettrai à genoux sur le lit et je baiserai ton cul sans ménagement.

Il se tait. J’ai le souffle court, les seins tendus, l’entrejambe gorgé de cyprine.

– Et toi de quoi as-tu envie ?

– De ça. Maintenant.

Il me regarde, boit tranquillement son champagne en se masturbant doucement.

Je comprends : je ne décide pas… je finis ma coupe et attends sagement, profitant du spectacle qu’il m’offre.

Plusieurs minutes s’écoulent en silence. Il se lève, me tend la main et nous descendons…

Toutes les promesses ont été tenues. Je suis à bout de souffle, en nage, le corps engourdi de plaisirs. Il dénoue la corde autour de mon corps, accompagne chacun de mes gestes, massant mes muscles endoloris. Une fois libérée, il s’allonge à mes côtés, caresse ma peau, je sens ses doigts suivre les marques laissées par les liens.

– Comment te sens-tu ?

– Bien. Vraiment bien.

– Pas trop de douleurs ? De marques ?

– Ça va. Les marques devraient s’estomper.

1h20 et deux messages de mon mari, je suis dans notre bungalow, étendue dans notre lit. Je ferme les yeux et me remémore la soirée. Je veux me rappeler les sensations de cette nuit, les graver en moi. Mes pensées s’accompagnent de caresses et mon corps encore en prise aux plaisirs se cambre rapidement et je jouis une dernière fois avant de m’endormir. Sans lire mes messages.

Dimanche 7 août 2016

Des messages sans surprise. Je lui réponds sans fioriture.

Je profite de la journée ensoleillée : promenade au port, déjeuner en terrasse, plage et mer.

Je m’assoupis sur la plage, mon esprit flotte. Mon corps ne peut plus bouger, comme maintenu, figé. Une main caresse ma cuisse, glisse sur ma hanche, enserre mon sein et pince mon téton. Mon pouls s’accélère, ma respiration est saccadée. Mon corps reste immobile, prisonnier. Une deuxième main se pose sur mes fesses, les masse doucement. Les doigts se rapprochent de mon anus, le caressent. Soudain je reçois une fessée. Brusquement je ressens des vibrations sur mon sexe. Douces d’abord, puis de plus en plus rapide jusqu’à me couper souffle. L’envie de cambrer mon corps est contrainte. Je sursaute, la lumière m’aveugle, le bruit de fond de la plage ressurgit à mes oreilles. Je me réveille, gênée.

Je regarde autour de moi mais personne ne semble m’avoir remarquée.

J’observe à présent, je me demande si Il est là. Je ne le vois pas. J’aimerais le revoir, avoir une deuxième nuit sous son emprise.

19h50. Je suis sur un transat du bar à l’entrée de la plage. Je bois un mojito nue, lisant, profitant de la musique d’ambiance et admirant le coucher du soleil dont j’envoie quelques clichés à ma famille.

Mon mari appelle pour prendre des nouvelles et confirmer l’heure de mon train demain matin. Une conversation ordinaire.

21h20. Le soleil chauffe encore ma peau malgré l’heure tardive. J’admets amèrement que je ne reverrai pas M…

Je décide d’écrire. Quelques mots qui lui sont destinés et que je déposerai peut être sur son yacht avant mon départ.

Je range mes affaires dans mon sac, pose ma serviette dessus et pars profiter une dernière fois de la mer. Nager nue est un vrai sentiment de bien-être, de liberté dont j’aime profiter.

Lorsque le soleil commence à se noyer au loin et disparaitre, je rejoins la plage.

M. est là, allongé sur le transat voisin. Il s’empare de ma serviette et me sèche, sans un mot. Je le surprends à observer mon corps avec un air étrange. Il m’enroule dans la serviette et m’invite à m’asseoir.

– Tu n’as aucune marque, observe t’il.

– Je sais, merci, dis-je avec sincérité, reconnaissante de son inquiétude.

– Je pensais que tu viendrais me rejoindre ce soir… mais c’est moi qui ai dû venir à toi.

– Je ne voulais pas m’imposer. Je suis heureuse que tu sois là.

Il me regarde, semble incertain. Je fouille mon sac et lui tends ma lettre :

« Cher M.

Si nous nous étions revu ce soir, j’aurais aimé te donner plus de libertés qu’hier, me soustraire davantage à tes désirs.

Tu aurais pu m’attacher où et comme tu l’aurais décidé, désiré. Me bâillonner, me masquer.

Je me serais laissée aller entièrement sous ta domination. Un lâcher prise total, physique et mental.

J’aurais accepté n’importe quel costume, n’importe quel rôle… n’importe quelles positions pour plaire à mon Maitre.

Tu aurais pu exiger de moi tout ce que tu n’as osé la nuit dernière. Et je te l’aurais permis.

Je t’aurais demandé de m’avouer tes fantasmes les plus secrets, ceux inassouvis et j’aurais été honorée d’être celle qui les aurais réalisés avec et pour Toi. Pour Ton plaisir et le mien.

J’aurais été une soumise entièrement dévouée.

Ce soir j’étais au même rendez-vous que la veille dans l’espoir de t’y retrouver et pouvoir t’offrir ces quelques mots, et plus encore, comme tu m’as offerts les tiens.

S. »

Cette nuit-là, de plus belles promesses seront réalisées, je m’abandonnerai complètement à lui.

Au matin, mon réveil sonnera me rappelant à la réalité : faire mon sac, rejoindre la gare, rentrer.

Je tairai cette aventure à mon mari, par peur de le blesser, de le perdre. Ce sera mon jardin secret, coupable et magnifique.

Avant de quitter le bateau, je verrai ma lettre posée sur son bureau et je prendrai le temps d’y rajouter quelques mots :

« Je garderai un souvenir impérissable, une marque indélébile de ces nuits passées avec Vous, Monsieur. »

 

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